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Naturalisation · Conditions

Naturalisation ordinaire : les conditions pour devenir suisse

Permis C, dix ans de séjour, intégration réussie, langue B1 à l’oral et A2 à l’écrit : ce que demande la loi fédérale, ce qui dépend de votre canton, et comment se déroule la procédure.

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La naturalisation ordinaire est la voie normale pour devenir suisse quand on n’est ni marié à une personne suisse ni étranger de la troisième génération. Elle repose sur la loi sur la nationalité (LN, RS 141.0) et son ordonnance (OLN, RS 141.01). La Confédération fixe un minimum valable partout ; chaque canton ajoute ses propres règles et organise la procédure. Ce guide résume les conditions fédérales et vous indique ce qu’il faut vérifier auprès de votre canton.

Trois niveaux à la fois : commune, canton, Confédération

En Suisse, on ne devient pas seulement suisse : on reçoit en même temps un droit de cité communal et un droit de cité cantonal. La Constitution (art. 37) lie la citoyenneté suisse à ces deux droits de cité. C’est pourquoi votre demande est examinée par trois autorités : la commune, le canton et le Secrétariat d’État aux migrations (SEM), qui délivre l’autorisation fédérale.

Les conditions formelles : permis C et dix ans de séjour

Selon l’art. 9 LN, vous devez remplir deux conditions au moment du dépôt de la demande :

  • être titulaire d’une autorisation d’établissement (permis C) ;
  • avoir séjourné en Suisse dix ans en tout, dont trois des cinq années qui précèdent la demande.

Les années passées en Suisse entre 8 et 18 ans comptent double, mais le séjour effectif doit être d’au moins six ans. Selon le SEM, les séjours avec permis B, C, Ci ou carte de légitimation comptent ; les années avec admission provisoire (permis F) comptent à moitié ; les permis N et L ne comptent pas.

Piège

Avoir dix ans de séjour ne suffit pas : il faut aussi les trois années sur les cinq dernières. Une personne partie plusieurs années à l’étranger doit recompter avant de déposer.

La durée de séjour dans le canton et la commune

Le droit cantonal fixe en plus une durée minimale de séjour dans le canton (et souvent dans la commune), entre deux et cinq ans (art. 18 LN). Exemples publiés : le Valais demande 5 ans dans le canton et 3 ans dans la commune ; Fribourg demande 3 ans dans le canton, dont 2 au cours des 5 dernières années, et 1 à 3 ans dans la commune selon celle-ci. Pour votre situation, consultez le guide de votre canton : Genève, Vaud, Neuchâtel, Valais, Fribourg, Jura ou Berne.

L’intégration réussie : les critères de l’art. 12 LN

L’art. 11 LN exige une intégration réussie, une familiarisation avec les conditions de vie en Suisse et l’absence de danger pour la sûreté du pays. L’art. 12 LN décrit l’intégration ; l’OLN précise chaque critère.

CritèreCe que cela veut direTexte
Sécurité et ordre publicsPas de violations graves ou répétées de la loi, payer ses dettes et ses impôts. Une condamnation inscrite au casier judiciaire peut exclure la naturalisation.art. 4 OLN
Valeurs de la ConstitutionÉtat de droit, démocratie, droits fondamentaux (égalité entre femmes et hommes, liberté de conscience et d’opinion), service militaire ou civil, école obligatoire.art. 5 OLN
LangueUne langue nationale : B1 à l’oral et A2 à l’écrit au minimum.art. 6 OLN
Vie économique ou formationCouvrir ses besoins et ses obligations d’entretien, ou être en formation.art. 7 OLN
Intégration de la familleEncourager le conjoint et les enfants mineurs à apprendre la langue, se former, participer à la vie locale.art. 8 OLN

Casier judiciaire

Selon l’art. 4 OLN, l’intégration n’est pas réussie si l’extrait du casier judiciaire (VOSTRA) consulté par le SEM mentionne par exemple une peine ferme pour un délit ou un crime, une expulsion, ou certaines peines avec sursis au-delà de seuils fixés. Pour les autres inscriptions, le SEM décide selon la gravité ; tant qu’une peine n’est pas exécutée ou qu’un délai d’épreuve court, la naturalisation n’est pas possible. Une procédure pénale en cours suspend la procédure.

Aide sociale

Une personne qui a touché l’aide sociale dans les trois ans qui précèdent la demande, ou pendant la procédure, ne remplit pas la condition, sauf si elle a remboursé intégralement les prestations (art. 7 OLN).

La langue

La preuve est réputée fournie si votre langue maternelle est une langue nationale, si vous avez suivi au moins cinq ans d’école obligatoire ou une formation du secondaire II ou du tertiaire dans une langue nationale. Sinon, il faut une attestation reconnue, comme le passeport des langues obtenu avec le test fide. Tous les détails : le niveau de langue pour la naturalisation.

Handicap, maladie, situation difficile

L’art. 9 OLN permet de tenir compte d’un handicap, d’une maladie grave ou de longue durée, de grandes difficultés à lire et à écrire, de la pauvreté malgré un travail ou de lourdes tâches familiales. Signalez-le dès le dépôt de la demande.

Le canton peut ajouter d’autres critères d’intégration (art. 12, al. 3 LN).

Être familiarisé avec la vie en Suisse

L’art. 2 OLN demande des connaissances élémentaires de la géographie, de l’histoire, de la politique et de la société suisses, une participation à la vie sociale et culturelle et des contacts avec la population. Le canton peut imposer un test, mais il doit vous permettre de vous y préparer. Comment chaque canton romand procède : le test de connaissances.

La procédure, étape par étape

  1. Renseignez-vous auprès de votre commune ou du service cantonal. Ils vous remettent le formulaire et la liste des documents (SEM).
  2. Déposez la demande auprès de l’autorité désignée par le canton (art. 13 LN).
  3. Le canton, et la commune si le droit cantonal le prévoit, examinent le dossier : conditions formelles, intégration, connaissances, souvent avec un test et un entretien. Un rapport d’enquête est rédigé.
  4. Le SEM délivre l’autorisation fédérale si les conditions sont remplies. Pour la naturalisation ordinaire, il statue en règle générale dans les huit mois après réception du dossier complet (art. 23 OLN).
  5. Le canton rend la décision dans l’année qui suit l’autorisation fédérale ; sinon, celle-ci n’est plus valable (art. 14 LN).
  6. Vous devenez suisse quand la décision cantonale entre en force. Certains cantons organisent une cérémonie ou une prestation de serment.

L’ordre exact varie : à Genève, par exemple, le test de connaissances doit être réussi avant le dépôt du dossier.

Les frais

La Confédération perçoit un émolument fixé par l’art. 25 OLN :

DemandeÉmolument fédéral
Personne majeureCHF 100
Couple qui dépose ensembleCHF 150
Personne mineure (demande propre)CHF 50
Enfant mineur compris dans la demande d’un parentgratuit

Les émoluments cantonaux et communaux s’ajoutent et pèsent beaucoup plus lourd. Selon ch.ch, la commune demande en moyenne 500 à 1000 francs et le canton jusqu’à 2000 francs, sans compter les documents. Les montants exacts sont publiés par chaque canton : voyez votre guide cantonal.

À retenir

  • Permis C et dix ans de séjour, dont trois des cinq dernières années, au jour du dépôt.
  • Deux à cinq ans dans le canton, selon le droit cantonal.
  • Intégration réussie : ordre public, valeurs, langue B1 oral et A2 écrit, autonomie financière, famille.
  • Pas d’aide sociale dans les trois ans avant la demande, sauf remboursement intégral.
  • Commune, canton et SEM examinent la demande ; le canton décide en dernier.

Les règles changent parfois : vérifiez toujours la version en vigueur sur fedlex.admin.ch et les questions-réponses du SEM avant de déposer.

Questions fréquentes

Puis-je demander la naturalisation avec un permis B ?

Non. Depuis 2018, seules les personnes titulaires d’un permis C peuvent déposer une demande de naturalisation ordinaire (art. 9 LN). Les années passées avec un permis B comptent toutefois dans les dix ans de séjour.

Mes années d’études en Suisse comptent-elles ?

Oui, les séjours avec permis B comptent. Les années passées en Suisse entre 8 et 18 ans comptent même double, avec un séjour effectif d’au moins six ans.

J’ai reçu l’aide sociale il y a deux ans. Puis-je déposer ?

En règle générale non, sauf si vous avez remboursé intégralement les prestations (art. 7 OLN). Des exceptions sont possibles selon votre situation personnelle (art. 9 OLN) : parlez-en au service cantonal.

Combien coûte la naturalisation ?

La part fédérale est de CHF 100 pour un adulte, CHF 150 pour un couple et CHF 50 pour un mineur. Les émoluments cantonaux et communaux s’ajoutent et varient fortement : consultez le site de votre canton.

Quel niveau de français faut-il ?

Au minimum B1 à l’oral et A2 à l’écrit dans une langue nationale (art. 6 OLN). Le guide niveau de langue pour la naturalisation explique comment le prouver.

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